Réflexions

Spécialistes de documentation ET des humanités numériques

La nécessité de nouveaux intermédiaire dans le secteur de la culture

En Septembre 2017, l’École du Louvre lance son nouveau master intitulé « Master 2 en Documentation et Humanités Numériques ». L’établissement insiste sur la nécessité d’un nouveau modèle de compétence-métier dans les domaines de l’histoire, de l’histoire de l’art et de l’archéologie. Les élèves diplômés ressortiront avec une triple connaissance: culture, documentation et numérique. Il s’agit là de savoirs nécessaires à la promotion du patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demain, avec les derniers outils technologiques. Le plus grand défi de ce projet? La réconciliation de deux mondes traditionnellement opposés, dont la coopération ne pourra qu’apporter des bénéfices.

Négociations sur un dossier entre le Père Jan Neyen, le Prince Maurits et Johan van Oldenbarnevelt à La Haye, 1607, Jan Frederik Christiaan Reckleben, d'après Hendrik Jacobus Scholten, 1855 - 1857 gravure sur acier, h 215mm × l 291mm, édité par @graviera
Négociations sur un dossier entre le Père Jan Neyen, le Prince Maurits et Johan van Oldenbarnevelt à La Haye, 1607, Jan Frederik Christiaan Reckleben, d’après Hendrik Jacobus Scholten, 1855 – 1857 gravure sur acier, h 215mm × l 291mm, édité par @graviera

À propos de la création du diplôme de l’École du Louvre:

Très peu de formations existent déjà en France, répondant si clairement à la nécessaire collaboration entre l’historien, le documentaliste et le technicien informatique.

En revanche, il existe de nombreuses formations sur les méthodes traditionnelles d’archivage et de numérisation:

D’autres formations, au sein de grandes institutions publiques, sont également proposées:

Une autre école spécialisée, l’école nationale de sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB), propose des formations sur mesure:

Parallèlement, l’École des Chartes, pionnière dans le domaine de la paléographie et de l’archivage, propose un Master 2 en collaboration avec l’Université PSL tout aussi pertinent:

Il était donc naturel pour l’École du Louvre de s’intéresser à la formation de ses étudiants dans l’utilisation de nouveaux médias technologiques, en vue de la promotion des collections patrimoniales. L’établissement s’est donc penché sur l’idée de proposer une année de spécialisation pour ses étudiants en histoire de l’art. Le but est de répondre au besoin grandissant des musées d’une présence au sein du personnel d’une personne ayant capacité d’agir en tant qu’intermédiaire. Les étudiants ayant suivi cette formation aux humanités numériques seront en mesure de mieux interagir avec le personnel scientifique des musées d’aujourd’hui. L’ancien directeur de l’École, M. Philippe Durey, voulait achever sa carrière, à l’automne dernier, avec l’inauguration de ce diplôme capital d’études supérieures.

À propos de l’émergence de nouvelles problématiques, en lien avec le numérique, dans les musées et les institutions culturelles:

L’évolution rapide d’internet contraint les institutions à s’adapter, étant donné la facilitation de la transmission de l’information que cela permet. Depuis 2000, après le succès des catalogues de bibliothèques en ligne, les musées ont été invités à exposer leurs collections non seulement dans les salles mais aussi sur les écrans d’ordinateurs de chaque intrenaute. Cette accessibilité ne concerne pas seulement le grand public, qui préfère généralement côtoyer les oeuvres de près, mais aussi la communauté scientifique. La gestion interne des collections est aussi impliquée dans ces bouleversements des outils employés. Cela concerne des spectres multiples et variés de la vie d’un musée comme la création d’expositions. Il facilite l’accès pour les conservateurs-restaurateurs aux objets dans la réserve, les méthodes d’inventaire et recollement, la maintenance de projets avec les différents constats d’état ainsi que tout autre transfert qu’un objet peut subir en raison de rapports dans d’autres endroits. Dans ces cas-là, il est nécessaire de surveiller tous les étapes du prêt d’une oeuvre. Tous ces processus génèrent de kilomètres de papier tous les jours et font perdre un temps précieux. Cependant, de nombreux responsables de collections ne sont pas en mesure de donner la priorité à la mise en oeuvre de tels systèmes en raison des coûts et de l’habitude de travailler avec un système déjà existante qui fonctionne encore de manière satisfaisante.

C’est précisément cette gestion interne des collections qui rend nécessaire le rôle d’intermédiaire pour faciliter le passage des méthodes traditionnelle de stockage, d’archivage, de maintenance et de gestion des collections à de nouvelles méthodes technologiques. Cependant, les traditions des anciennes méthodes de gestion sont si bien établies dans les organisations que le seul concept théorique de gestion d’une collection à partir d’un ordinateur est difficile pour les conservateurs. Même si, dans de nombreux cas, la création d’une base de données a été mise en avant par la direction d’un musée, les équipes des musées ont des difficultés à communiquer avec les responsables informatiques. Ils se retrouvent à la fin avec des outils difficiles à utiliser, basés plutôt sur la logique du développeur que sur celle de l’utilisateur final, le conservateur. Deux raisons principales expliquent l’échec ou l’inexistence de bases de données. Premièrement, le manque de moyens nécessaires au lancement d’un tel projet. En l’absence d’une personne connaissant les divers systèmes et logiciels de gestion des collections en utilisation libre ou moins chers, ou une prestation en termes logiques, les conservateurs recourent souvent à des modèles et des méthodes qui ne sont pas suffisamment adaptés aux besoins de leur département et aux particularités de chaque collection. En même temps, de nombreux musées ne disposent pas d’une coordination générale ou d’un protocole définissant les méthodes et les programmes qui devraient être utilisé pour documenter et numériser les collections dans tous les départements.

Deuxièmement, même quand le budget nécessaire existe, le manque de connaissances conçernant la conception d’une base de données ou d’un catalogue en ligne fait que le résultat final dépend de la bonne volonté du prestataire. Choisir un bon partenaire, définir le plan, et surveiller l’ensemble du processus sont des tâches que seule une personne ayant une bonne connaissance de ces deux mondes est faisable. Dans bien des cas, un conservateur est susceptible d’avoir beaucoup d’autres projets en même temps. Afin de créer de grandes bases de données, il est souvent nécessaire de travailler avec les différents département et services d’un musée ou d’une institution. Ce processus nécessite à nouveau une personne capable de le superviser et de veiller à son bon déroulement. En particulier, lorsque nous arrivons aux détails de la conception d’une surface web, d’une exposition en ligne, d’un catalogue, d’une base de données en général, le vocabulaire qui va être utilisé pour la planifier est très important pour sa définition. À ce stade, la faiblesse existe des deux côtés, car un programmeur a de la peine à comprendre les différentes propriétés et fonctions qu’un objet de musée peut avoir. En même temps, le conservateur ne peut pas facilement expliquer à l’informaticien la séquence de chaque collection d’objets, comment il souhaite prioriser l’information et les métadonnées, et comment ses besoins seront couverts sur cette base. Voici l’un des points où l’intermédiaire est appelé à intervenir mieux que jamais, car il est à même de bien dialoguer avec les deux parties.

Un autre domaine important des nouveaux besoins numériques en culture est la maintenance des systèmes existants, leur amélioration, leur renouvellement continu. Il est important, dans chaque organisation, d’avoir des interlocuteurs qui assurent un contact suivi avec les découvertes technologiques en informatique et les nouvelles tendances d’internet, afin de maintenir la qualité de ces processus d’archivage et de conservation des collections. À ce stade, un spécialiste de la documentation et des humanités numériques pourra assurer laformation continue du personnel, l’ancien et le nouveau, d’un musée ou d’une institution sur l’utilisation de ces outils. La contribution d’une telle personne qui peut superviser et soutenir tous ces processus est également importante dans la diffusion progressive de l’information et de l’image sur les objets d’art et du patrimoine. De plus en plus de bibliothèques numériques proposent gratuitement leurs collections numériques au public, comme par exemple, Los Angeles County Museum of Art (LACMA) qui a récemment mis en ligne 20000 reproductions d’oeuvres d’art libres de droit d’usage. De nombreux objets, oeuvres d’art, archives, documents de recherche et autres productions intellectuels de musées restent enfermés dans des réserves, des tiroirs et des bureaux de responsables des collections. L’objectif des intermédiaires est donc de contribuer au changement et à la libération des anciennes idéologies de gestion de collections muséales et à l’élimination de mauvaises pratiques. Ils doivent montrer clairement aux responsables du secteur, les avantages que la culture peut avoir en s’intéressant activement à une coopération étroite avec les nouvelles technologiques numériques.