Expériences pro, Inventaire/Récolement

Un public ciblé pour une meilleure visibilité de l’inventaire

L’une de mes deux principales missions à la bibliothèque de l’Observatoire de Paris  consiste à inventorier un gisement d’archives d’astronomie (soit, dans les termes usuels, des documents qui ne sont pas répertorié) constitués de carnets d’observations d’astronomes entre 1850 et 1960.

L’inventaire est une opération qui permet ensuite de diffuser l’existence de ces archives sur la plateforme dédiée Alidade et même publiées sur la bibliothèque numérique, notamment à l’intention des astronomes et historiens de l’astronomie en vue d’agglomération des données ou d’études sur la notion d’observation et de calcul par exemple.

En disant cela, j’ai déjà fait beaucoup car j’ai déterminé un public cible et des usages qui dirigent ensuite les informations que je vais chercher. En effet, pour que les chercheurs trouvent l’information, il faut que je me mette dans leur peau, ou plutôt dans leur tête pour trouver les mots-clés par lesquelles ils vont débuter leur recherche. Les portes d’entrée peuvent grandement différer selon les sujets d’études. En histoire, les chercheurs s’intéressent principalement à un objet et/ou une personne et/ou une époque.

J’ai eu la chance, dès la deuxième semaine de mon stage, d’être mise au contact de l’équipe des historiens de l’Observatoire au SYRTE, grâce à une collègue et à la présentation de son travail sur les manuscrits Delisle. Je souligne ici l’importance du dialogue avec les usagers : il est essentiel de connaître leurs besoins pour mieux y répondre.

Ainsi, j’ai pu leur montrer les carnets, remplis de suites de chiffres, symboles et abréviations, incompréhensible pour la profane que je suis. Ils ont pu m’indiquer les informations qu’il semblait nécessaire de préciser : la date et l’instrument. Or le plus souvent, mes co-stagiaires, Céline Champcourt et Dorine Lutoff, et moi ne trouvions qu’un nom avec des dates.

Je me suis donc servie du rapport annuel de l’Observatoire, numérisé, océrisé et disponible sur Gallica pour retrouver les personnes et les instruments sur lesquels elles avaient travaillé. Nous avons également détaillé notre description en citant les personnes mentionnées aussi dans les carnets ou les collègues travaillant sur les mêmes sujets dans le rapport annuel, ainsi qu’en reportant des échantillons de ce que l’on trouve dans les carnets, sans essayer forcément de comprendre ce dont il s’agit.

inventaire_carnets_1
Premier jet de l’inventaire des carnets d’observations de l’Observatoire de Paris.

En effet, nous sommes confrontés au dilemme du temps et de la précision. Pour décrire parfaitement les ressources, il faut à la fois beaucoup de temps et des compétences en astronomie dont même les physiciens actuels ne disposent pas (parce que les instruments, les méthodes et les objets d’observation ont nettement évolués). Or je ne dispose ni de l’un, ni de l’autre. Mais si nous ne les décrivons pas ou très partiellement les documents – en mentionnant seulement le nom de l’astronome par exemple, ce qui ne donne qu’une seule porte d’entrée – les chercheurs ne verront même pas la ressource lors de leurs recherches.