Réflexions

Les critiques des Humanités numériques aux Etats-Unis selon Johanna Drucker

Le 7 février 2018 avait lieu à l’Ecole des Chartes une rencontre avec Johanna Drucker, professeur à l’université de Californie, dans le cadre du Séminaire « Critique des Digital Humanities » de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Johanna Drucker a donc présenté les deux grandes critiques, politiques et épistémologiques, adressées aux humanités numériques aux Etats-Unis.

1)      Les méthodes quantitatives, un outil de domination du libéralisme et de la bureaucratie

Cette critique sous-entend l’existence d’un humaniste « pur » de toutes ces influences. Or aux Etats-Unis, l’argent de la recherche a d’abord été versée l’Etat après la Seconde guerre mondiale pour l’éducation des jeunes vétérans – le fameux GI Bill – puis par les entreprises.

Il est évident que notre époque est dominée par un idéal entrepreneurial mais si les humanistes se retirent dans leur tour d’ivoire, ils s’interdisent alors la possibilité d’agir sur le monde. Or les humanistes doivent s’engager, s’impliquer s’ils veulent avoir une quelconque influence d’après Johanna Drucker.

2)      Les humanités numériques, l’héritage de l’homme blanc colonisateur

Il s’agit d’un argument très américain – en effet les Etats-Unis sont marqués par l’histoire coloniale et l’émergence des minority studies (women’s studies, african-american studies, gender studies, etc). Toutefois, les tendances se propagent, comme le mouvement #Metoo, c’est pourquoi il nous faut prendre conscience de telles positions.

Deux qualités sont pointées du doigt ici : la tendance classificatoire, soit-disant propre à la culture occidentale d’une part, et les critères choisis, imposés par des hommes occidentaux. Nous renvoyons les adeptes du premier argument à La pensée sauvage de Claude Levi-Strauss.

En revanche, la critique des critères est à prendre au sérieux mais elle est facilement renversée car les humanités numériques sont justement l’occasion d’explorer les possibilités offertes par d’autres critères. Ainsi voit-on l’émergence d’une méthode dite féministe qui consiste d’abord à ne pas accepter les critères habituels d’analyse qui ne font qu’imiter la structure patriarcal de la société pour élargir par exemple la notion de genre à un spectre plus qu’à une catégorie binaire.

Qu’en pensez-vous ?


Dans la série des comptes-rendus de l’intervention de Johanna Drucker :