Réflexions

La critique des humanités numériques en France : des critères d’évaluations et des financements de la recherche

Le 7 février 2018 avait lieu à l’Ecole des Chartes une rencontre avec Johanna Drucker, professeur à l’université de Californie, dans le cadre du Séminaire « Critique des Digital Humanities » de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Cet article reprend le débat entre Johanna Drucker et les organisateurs du séminaire, Pierre Mounier et Aurélien Berra.

Une des critiques des Humanités numériques en France repose sur le développement parallèle de ce courant méthodologique avec une culture entrepreneuriale dans les Universités, basée sur le projet en 2-5 ans, balayant la tradition des travaux de long terme. Cela s’accompagne en plus de la recherche de financement dans le secteur privée, difficile à vivre pour les humanistes français.

Selon Johanna Drucker, les inquiétudes sont sérieuses et justifiées : la recherche fondamentale et même appliquée ne peut pas être évaluée de la même façon que la recherche en entreprise. Elle ne peut pas être entièrement quantifiée, et la « santé » d’une entreprise non plus d’ailleurs.

Toutefois, il serait dommageable de refuser les fonds des entreprises comme Google, Amazon, Facebook, IBM, etc qui travaillent sur des logiciels, algorithmes ou plateformes qui pourraient servir aux Humanités numériques. Si IBM – en référence à un partenariat dont je n’ai pas trouvé la référence – travaillent sur la reconnaissance textuelle, pourquoi ne pas proposer un projet utilisant le logiciel, qui permettrait d’en corriger les vices (quoi de mieux, par des philologues) et d’étudier par exemple l’œuvre complète de Rousseau ? Bien évidemment, il faut bien préciser les droits d’auteurs, les propriétés des données sources, données produites, etc. Mais, ayant déjà vu de tels projets, je pense que ça ne devrait pas être un obstacle.

Bien évidemment, les entreprises cherchent à redorer leur images en finançant la recherche. Mais elles ne demandent pas aux chercheurs de valider toutes leurs actions et décisions mais de produire de la connaissance, qui pourra éventuellement leur servir pour améliorer tel ou tel produit, la connaissance des consommateurs, des tendances actuelles ou que sais-je. C’est une mission de conseil, pas besoin de caresser l’entreprise dans le sens du poil. D’ailleurs, ce genre de partenariat donne aussi de la visibilité au chercheur, à son département, son laboratoire, son université. Bref, il s’agit d’un contrat gagnant-gagnant tant que l’on sait où l’on va.

Qu’en pensez-vous ?


Dans la même série (intervention de Johanna Drucker) :

Une histoire des humanités numériques avec Johanna Drucker

Les critiques des humanités numériques aux Etats-Unis

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