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Google Arts & Culture (1)

Dans le cadre du séminaire Patrimoines numériques de l’Ecole du Louvre, nous avons eu l’unique occasion de visiter le Lab de Google Arts & Culture. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Google Arts & Culture sans jamais oser le demander, c’est ici et maintenant ! Business model, gestion des droits, etc.

La naissance de Google Arts & Culture

Lorsqu’Amit Sood, créateur du projet, conçoit l’embryon de Google Arts & Culture, il s’agit seulement d’un projet à 20%. En effet, les employés de Google, et plus particulièrement les ingénieurs, ont la possibilité des projets personnels sur 20% de leur temps de travail. C’est ainsi que Gmail et d’autres applications ont vu le jour.

L’idée de départ consiste à adapter 2 technologies de Google, Street View (développée pour Google Maps) aux monuments comme le Taj Mahal et les temples d’Angkor Vat et la numérisation UHD (Ultra Haute Définition) aux oeuvres en deux dimensions afin de pouvoir contempler, analyser et décortiquer les oeuvres de la culture à distance, et comme jamais l’oeil d’un homme n’a pu le faire auparavant.

La mission est donc claire et reste dans la ligne directrice de Google : organiser et rendre l’information accessible.

Comme l’ensemble des projets Google, le Google Art Project – ainsi nommé lors de son lancement en 2011 – suit un développement progressif : une demande ou une idée engendre une proposition, testée ensuite pour voir si elle résiste à son extension et à sa distribution. Le projet est ensuite lancé dans un pays avant de subir des améliorations pour le lancement mondial. Le projet pilote avec 17 musées, dont les plus représentatifs des grands pays de musées, Versailles pour la France, MET pour les USA, les Offices pour l’Italie.

Google Arts & Culture en 2018

  • 30 ingénieurs et 30 managers à temps plein
  • 1700 institutions culturelles partenaires (monuments, musées, centres d’archives)
  • 6 millions d’images

Les principes des partenariats Google Art & Culture

Les critères d’éligibilité :

  1. Détenir une une collection et souhaiter la diffusion
  2. Etre une institution à but non lucratif (pas de partenariats avec les galeries).

Ce que fait Google :

  • Numérisation des collections

Fonds numérisés par Google, classés par institution : https://artsandculture.google.com/partner

  • Street View du musée ou d’une exposition, augmenter d’une galerie des oeuvres associées
Streetview de la Galerie des Glaces au château de Versailles : https://artsandculture.google.com/streetview/palace-of-versailles/cwE5CwK49O0y5Q?sv_h=229.90387812963945&sv_p=2.495721969087512&sv_pid=hNvuL7DMigMQkjP6BRku1A&sv_lid=8511468401137057095&sv_lng=2.1204786000000695&sv_lat=48.8051117&sv_z=0.9999999999999997
Streetview de la Galerie des Glaces au château de Versailles
  • Fournit un CMS (content management system, soit une plateforme de gestion de contenu comme OMEKA), une plateforme pour télécharger et présenter les images des collections et des expositions. Ce sont donc les institutions elles-mêmes, et elles-seules, qui s’occupent de l’éditorialisation des contenus. Google  n’en a pas la légitimité, ni l’envie.
Exposition The famous faces of African Heritage House (dans la partie Icônes de l'exposition We Wear Culture) : https://artsandculture.google.com/exhibit/zwKCtN2NX5uxLA
Exposition The famous faces of African Heritage House (dans la partie Icônes de l’exposition We Wear Culture)
  • La question des droits : Les institutions partenaires conservent les droits sur les images et ne mettent pas les images diffusées sous des licences de Creative commons. La réutilisation n’est donc normalement possible que dans le cadre privée, même pas dans le cadre public non commercial.

 

  • Les questions d’argent : Comme les institutions partenaires, le projet Google Arts & Culture n’a pas de but lucratif. Les collections sont numérisées aux frais de Google qui fournit gracieusement le matériel. Aucun business model n’est établi et les partenariats de Google Arts & Culturese font à perte. Toutefois, on notera qu’il s’agit d’une manoeuvre stratégique pour redorer l’image du moteur de recherche.

Qu’est-ce que ça change par rapport à une numérisation classique ?

  1. L’Ultra HD et le grand écran a permis notamment à David McNeil, le fils de Marc Chagall de se découvrir représenté avec sa famille en observant les détails de la numérisation du plafond de l’Opéra Garnier.
  2. Le personnel muséal expérimente lui-même avec le matériel fourni, choisit les angles de photographie.
  3. La street view plonge le spectateur comme s’il étant dans l’exposition – par exemple celle sur Harry Potter par la British Library – et profitait de la scénographie quand les expositions classiques d’images et de textes rencontrent peu de succès sur Internet.
  4. Google accompagne les institutions pour l’optimisation de leur visibilité dans Google image et dans le Knowledge panel (voir ci-dessous).
Le knowledge panel de Google : les informations sont récoltées par des machines et organisées.
Le knowledge panel de Google : les informations sont récoltées par des machines et organisées.

Quel est l’intérêt d’un tel projet pour Google ?

Le prestige des partenaires et le « culture washing » font certainement partie des retombées de cette vaste entreprise de numérisation du monde. Mais la constitution d’une telle collection permet aussi à Google d’expérimenter des technologies de deep learning ou machine learning (apprentissage automatique) sur ce vaste ensemble d’images. Pour en savoir plus, attendez le prochain article sur le Lab, ses nouvelles expériences et mon avis sur la visite !

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